Les écrans
Il fait à peine chaud mais le soleil brille fort. Le printemps est là depuis peu et, déjà, beaucoup s’obligent à porter ce qui autrefois n’était qu’un accessoire : des lunettes de soleil.
Après la grisaille de l’hiver, des heures d’enfermement sous des lampes à DEL — ou LED pour ceux qui n’ont d’yeux que pour l’anglais —, des heures encore devant des écrans qui bombardent nos rétines et perturbent notre rythme biologique, voilà qu’il faudrait se priver d’une bonne partie de la lumière du soleil.
Je comprends l’intérêt de ces lunettes pour ne pas être ébloui en conduisant, par exemple, ou quand on marche sur un sentier blanc qui reflète vivement la lumière, mais pourquoi en porter au moindre rayon de soleil ? Préparé dès le début du printemps, l’œil s’adapte, il devient moins sensible et prêt à affronter l’été.
Or, c’est comme si tout devait désormais passer par le filtre d’un écran, c’est-à-dire d’un obstacle entre le réel et nous. Ainsi, il faudrait systématiquement porter des lunettes pour se protéger du soleil, pourtant source de vie ; se badigeonner d’écran solaire tout l’été pour rôtir tranquillement en terrasse ou sur une plage, plutôt que de s’exposer raisonnablement et faire le plein de vitamine D ; se plonger toujours plus dans le monde virtuel proposé par les écrans de nos téléphones et ordinateurs, plutôt que de vivre dans le réel ; enfiler des chaussures en toute occasion au lieu de fouler, pieds nus, une terre tantôt dure et sèche, parfois friable ou rugueuse, chaude, tantôt molle et humide, froide et glissante…
De temps en temps, il faut savoir se libérer des écrans.